miserere [ georges rouault / arvo pärt ]

Publié le par newyorkberlin

 

De Profundis, dont les paroles sont tirées du psaume 129, est composé par Arvo Pärt en 1980, soit peu après que la censure communiste l'ait forcé à quitter l'Estonie, pour Vienne d'abord, puis pour Berlin, où il réside encore aujourd'hui. Ce morceau est écrit dans le style tintinnabuli qui lui est familier depuis la composition, quatre années plus tôt, de Für Alina. Deux voix se suivent et se répondent. La première, basse et lourde, limitée dans son mouvement, semble porter la souffrance du monde. C'est la voix de la terre, notre voix. La seconde est haute et libre, lumineuse, elle descend vers la première. C'est la voix du Ciel. Ce sont les cieux qui se déchirent et descendent vers la terre, répondant à son cri. Pour autant, cette seconde voix n'étouffe pas la première, ne la recouvre pas. Elle l'accompagne, à distance d'abord, puis de plus en plus proche elle en épouse la mesure et le cri, elle se penche sur elle, et la porte, la soulève.

Miserere Guerre est une série d'eau-fortes réalisée par le peintre français Georges Rouault entre 1914 et 1918. Le contraste dramatique entre le noir et le blanc répond à une nécessité intérieure parente de celle qui a poussé Arvo Pärt à composer son De Profundis à deux voix. Conçu comme une méditation sur la Sainte Face, on y voit le visage douloureux du Christ apparaître aux côtés de nos propres visages, visages de pîtres, visages fatigués, visages morts. Le Christ ne supprime pas la dramatique humaine, il y entre, l'épouse, la fait sienne. L'homme demeure dans l'ombre de la mort, à l'ombre de la croix, mais à ses yeux désormais s'offre le visage du Christ. Et la beauté de ce visage accompagne et féconde l'histoire humaine comme une eau forte la terre sèche et béante.

A tous une joyeuse fête de Pâques !

Paul A.




"Tintinnabulation is an area I sometimes wander into when I am searching for answers - in my life, my music, my work. In my dark hours, I have the certain feeling that everything outside this one thing has no meaning. The complex and many-faceted only confuses me, and I must search for unity. What is it, this one thing, and how do I find my way to it? Traces of this perfect thing appear in many guises - and everything that is unimportant falls away. Tintinnabulation is like this. . . . The three notes of a triad are like bells. And that is why I call it tintinnabulation." (Arvo Pärt)

« Pour moi, depuis la fin d’un beau jour où la première étoile qui brille au firmament m’a, je ne sais pourquoi, étreint le cœur, j’en ai fait consciemment découler toute une poétique. Cette voiture de nomades, arrêtée sur la route, le vieux cheval étique qui paît sur l’herbe maigre, le vieux pitre assis au coin de sa roulotte en train de repriser son habit brillant et bariolé, ce contraste de choses brillantes, scintillantes, faites pour amuser et cette vie d’une tristesse infinie si on la voit un peu de haut… Puis j’ai amplifié tout cela. J’ai vu clairement que le « pitre » c’était moi, c’était nous… presque nous tous… Cet habit riche et pailleté c’est la vie qui nous le donne, nous sommes tous plus ou moins des pitres, nous portons tous un « habit pailleté » mais si l’on nous surprend comme j’ai surpris le vieux pitre, oh ! qui oserait dire qu’il n’est pas pris jusqu’au fond des entrailles par une incommensurable pitié. J’ai le défaut (défaut peut-être… En tout cas c’est pour moi un abîme de souffrances…) de ne jamais laisser à personne son habit pailleté, fut-il roi ou empereur. L’homme que j’ai devant moi, c’est son âme que je veux voir… et plus il est grand et plus on le glorifie humainement et plus je crains pour son âme… […] Tirer tout son art d’un regard de vieille rosse ou de saltimbanque (homme ou cheval), c’est d’un « orgueil fou » ou d’une « humilité foudroyante » si l’on est fait pour faire cela. […] En août probablement, je voyagerai enfin un peu et je sens très intensément que c’est de la vie, et des émotions qu’elle me donne que je tirerai tout mon art. » (Extrait d'une lettre de G. Rouault adressée vers 1905 au critique d’art Edouard Schuré).

 

Publié dans Montage audio-video

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